Biens communs et ESS

Bien commun, biens communs, communs… comment se repérer dans ces différents intitulés qui évoquent quelque chose, mais quoi ? qui serait commun, mais à qui ?

Depuis une bonne dizaine d’années la recherche universitaire s’est plongée avec une certaine avidité dans l’exploration, pas toujours commune d’ailleurs, des vastes champs sociologiques et économiques où ces concepts se sont développés depuis sans doute les XVe-XVIe siècles avec, entre autres, Thomas More qui s’en prenait à l’aristocratie anglaise voulant enclore, donc s’approprier ce qui était considéré comme des communs : près, forêts… où des paysans sans terre avaient droit

« Des Glaneuses » J-F. Millet, 1857. Musée d’Orsay Paris

d’usage et pouvaient glaner, faire brouter leurs bêtes, ramasser du bois mort… « les troupeaux innombrables de moutons couvrent aujourd’hui toute l’Angleterre. Ces bêtes, si douces, si sobres partout ailleurs, sont chez nous tellement voraces et féroces qu’elles […] dépeuplent les campagnes, les maisons et les villages. En effet, sur tous les points du royaume, où l’on recueille la laine la plus fine et la plus précieuse, accourent, pour se disputer le terrain, les nobles, les riches, et même de très saints abbés »[ Thomas More, La description de l’isle d’Utopie, 1550, éd. C. Langelier / source : Gallica BNF.com]

Ce retour en force des communs dans la pensée des mouvements alternatifs est dû surtout à un prix Nobel d’économie attribué en 2009 à l’Américaine Elinor Ostrom pour ostrom_2_webson œuvre sur la gouvernance des biens communs : « Elinor Ostrom a défié la sagesse conventionnelle qui veut que la propriété commune soit mal gérée et devrait être soit régulée par les autorités centrales soit privatisée […] Elle observe que les utilisateurs des ressources développent fréquemment des mécanismes sophistiqués pour la prise de décision et l’application des règles pour gérer les conflits d’intérêts » [Académie royale des sciences de Suède, 2009]. Ce qui déclenche l’enthousiasme de l’ancien Premier Ministre (mai 1988 – mai 1991) Michel Rocard : « Le prix Nobel pour l’autogestion ! Vous avez bien lu. Ni l’auteur de ces lignes, ni la rédaction de Libération, ni l’AFP qui nous a informés, ne sont fous […]. Les travaux de cette dame portent, d’après le peu qu’il nous a été donné d’en lire, sur la gestion des biens publics. Elle découvre, affirme et prouve que les marchés ou l’État ne sont pas les seuls gestionnaires, les seuls régulateurs admissibles de ces biens, mais au contraire que les associations de consommateurs et d’usagers s’en acquittent au moins aussi bien et sont plutôt mieux armées pour ce faire […] L’intuition qu’il (le concept d’autogestion) couvrait demeure : beaucoup plus de décentralisation, d’autonomie pour les institutions de base et de responsabilités partagées sont les conditions d’une meilleure démocratie et de plus d’efficacité économique et humaine dans la gestion des biens et procédures collectifs ». [“Le prix Nobel d’économie pour l’autogestion”. Libération | 20 oct. 2009]. Faut-il y voir un simple retour à l’utopie autogestionnaire  du XXe siècle, ou bien une ouverture vers une pensée permettant d’envisager un projet politique ? Il est sans bien encore trop tôt pour faire des COMMUNS une construction sociale alternative.


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